Bienvenue à Laugère
 


Quelles étaient les conditions de travail des cylindreurs aux premières heures des entreprises routières ? Des anciens de l’ex-entreprise Veuve Gaëtan Brun (Blois) s’en souviennent, non sans émotion.
De 1950 à 1960, Suzanne et Jacques Quinet n’ont eu d’autre cadre de vie que celui de divers chantiers en Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et Seine-et-Marne. À la vitesse de 4-5 km à l’heure, ils avaient besoin de plusieurs jours pour se rendre sur place à partir du dépôt blésois. Il fallait bien rythmer son allure sur celle du mastodonte d’acier avec lequel on allait désormais faire vie commune ! On partait pour environ trois ans, au terme desquels on revenait à la case départ pour une révision totale du matériel. C’est là qu’intervenaient des mécaniciens plus spécialisés.
Un camion, piloté par Eusèbe Beignet, partait régulièrement du dépôt pour approvisionner les cylindreurs en fuel, huile, chiffons et pioches. Mais dans le déroulement quotidien du chantier, le cylindreur était seul responsable de l’état de son outil de travail. Il devait notamment faire face aux éventuels pépins ou ennuis techniques plus sérieux et entreprendre sur place les réparations nécessaires. Faute de temps en semaine, il consacrait son dimanche aux travaux d’entretien courant, cuivres y compris qu’il se faisait un devoir d’astiquer.
D’étape en étape selon l’avancement du chantier, la roulotte suivait. Complément indispensable du cylindre, elle était la seule résidence du foyer, puis éventuellement de la famille.
Bien sûr, l’espace et le confort y étaient plutôt sommaires. Pour tous accessoires et ustensiles affectés à la roulotte et pris en compte par le mécanicien, un inventaire de 1945 dressait la liste suivante : une cuisinière avec tuyaux, un tisonnier, un seau et une pelle à charbon, un seau à eau, une lampe à pétrole avec support, deux chaises, une table, un buffet, deux armoires, un sommier métallique à tendeurs, un escabeau, deux écriteaux avertisseurs, quatre cadenas pour les coffres.
Pour l’eau courante, le branchement électrique et les commodités, on faisait appel aux voisins, selon que la roulotte était stationnée sur une place de village ou à proximité d’une ferme. En échange, le cylindreur égalisait un terrain, une cour, un chemin.
Quant aux enfants en âge d’être scolarisés, ils devaient s’adapter à l’école locale. Puis on frappait à la porte d’une autre école lorsque toute la petite famille se déplaçait pour suivre la progression du chantier.
Malgré les difficultés d’une telle vie itinérante, Suzanne et Jacques parlent de ces années avec une certaine nostalgie. Avec surtout une réelle fierté. Dans le salon de la maison qu’ils habitent aujourd’hui, ils exhibent la maquette en bois de leur cylindre et de leur roulotte d’antan. Et de commenter, l’œil un brin malicieux : « C’est dans cette roulotte que nous avons fait notre voyage de noces ! »
Eh oui ! En ces temps-là, la vie des chantiers avait une saveur particulière. Celle sans doute que connaissent tous les défricheurs…
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